À Uvira, dans le Sud-Kivu, un calme précaire s’est installé depuis que les forces de l’AFC/M23 et leurs alliés rwandais se sont retirées de la ville. C’est dans ce contexte tendu que Justin Bitakwira, notable et député national, a pris la parole.
Son message, à la fois ferme et grave, ne se contente pas de saluer le retour des FARDC et des Wazalendo. Il lance surtout un appel pressant à ses concitoyens : ne pas succomber aux vieux démons de la division ethnique.

La situation sécuritaire dans le sud de la province reste en effet très fragile. Après des semaines d’incertitude et de peur, le moment est venu de faire le point et, surtout, de tout faire pour éviter un nouveau drame. C’est pour cela que Bitakwira, figure politique incontournable d’Uvira, a tenu à s’adresser directement à la population. Il a voulu clarifier la réalité sur le terrain et, surtout, tracer un chemin vers une paix qui durable.

Selon le député, il ne faut pas se leurrer : si les combattants ont quitté le centre-ville, le danger est toujours là, à quelques kilomètres seulement.
« Le M23 a quitté la ville, mais il n’a pas quitté le territoire d’Uvira. Leurs bases seraient encore situées à Kabunambo, tout près de Sange », a-t-il précisé, mettant en garde contre un faux sentiment de sécurité.

Ce retrait s’est malheureusement fait dans la violence et la prédation. Justin Bitakwira dénonce des pillages systématiques et de destruction ciblée visant notamment les bureaux de l’État (OCC, DGRAD, DGI) et sa propre maison. Mais face à ces pertes matérielles, l’élu est resté résilient face au dommage subi.
« Cela ne me fait ni chaud ni froid, je m’y attendais », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « L’essentiel est ailleurs : c’est la survie de notre cohésion qui compte. »

Le véritable cri du cœur de Bitakwira, c’est un plaidoyer vibrant pour la cohabitation pacifique. Il connaît trop bien les fractures ethniques qui menacent de déchirer l’Est du Congo, et Uvira en particulier.
Avec une franchise constante, il met en garde contre toute tentative de « chasse à l’homme » ou de stigmatisation d’une communauté.

Dans sa déclaration Bitakwira a gardé un ton ferme est sans concession : la rébellion du M23 ne saurait être l’affaire d’une seule ethnie.
« Quand Uvira est tombée, les plus grands leaders qui accompagnaient le M23 étaient majoritairement des Bafuliru. Il y a des notables qui ont invité leurs clans à accueillir les “libérateurs” », a-t-il rappelé, martelant une vérité essentielle : aucune communauté n’a le monopole de la vertu, ni de la trahison. Le vrai combat, insiste-t-il, est ailleurs : « C’est dans la cohabitation pacifique que nous gagnerons cette guerre. »
C’est comme qui dirait
Tout Hutu n’est pas FDLR.
Tout Tutsi n’est pas M23.
Tout Nande n’est pas Mai-Mai.
Tout Muswahili n’est pas traître.

Si Bitakwira salue le courage des Wazalendo et le retour des forces régulières, il ne verse pas pour autant dans l’autosatisfaction. Il interpelle directement le gouvernement de Kinshasa et le haut commandement militaire.
Pour lui, l’accalmie actuelle n’est qu’une opportunité qu’il faut mettre à profit.
Bitakwira a exhorté au gouvernement central de procéder à :
– Un déploiement massif et durable de troupes pour sécuriser définitivement Uvira et ses alentours.
– Un renforcement de la logistique de pointe pour les forces sur le terrain, afin de prévenir toute contre-offensive pour reprendre la ville d’Uvira.
– Une vigilance politique et diplomatique accrue autour du Président Félix-Antoine Tshisekedi pour soutenir l’effort de guerre.
Dans son intervention, Justin Bitakwira a évoqué la foi et le patriotisme.
« C’est la main de Dieu qui libère la RDC », a-t-il affirmé, appelant les églises et toutes les communautés à fédérer leurs efforts autours la cohésion et l’unité de toutes les communautés.

Alors que les FARDC et les Wazalendo reprennent leurs positions, le message du député résonne comme un avertissement solennel. Il rappelle que la victoire sur le terrain militaire sera vaine si elle n’est pas accompagnée d’une autre victoire: celle sur nos propres divisions. À Uvira, l’enjeu de la paix se joue désormais sur le front de l’unité nationale.

Cet appel de Bitakwira fait suite à celui de l’autorité provinciale partagée le dimanche 18 janvier, le gouverneur du Sud-Kivu, Jeans-Jacques Purusi Sadiki, a lui aussi lancé un appel aux communautés de la province. En rappelant le caractère multiethnique du Sud-Kivu, il a exhorté les FARDC et les Wazalendo à protéger tous les citoyens, sans aucune distinction. L’objectif est clair : couper l’herbe sous le pied à ceux qui instrumentalisent les tensions communautaires pour alimenter la guerre.

LA REDACTION

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