Cela fait déjà plus d’une année que les rebelles occupent une grande partie du Sud-Kivu, et les conséquences sur le développement de la province sont visibles et profondes. Avant que les armes ne prennent le dessus, le Sud-Kivu connaissait pourtant une dynamique réelle de reconstruction. À Bukavu, les engins de chantier étaient visibles, les caniveaux se dessinaient, les pavés remplaçaient progressivement la boue. Dans les communes d’Ibanda, Kadutu et Bagira, la promesse d’une ville plus praticable — souvent comparée à Goma par les habitants — cessait d’être un simple espoir pour devenir une réalité tangible. Cette trajectoire a été brutalement interrompue par l’occupation persistante de l’Alliance Fleuve Congo / M23, soutenue par les Forces de défense rwandaises.
Parmi les projets emblématiques figurait la réhabilitation de l’avenue Saïo, artère stratégique de la commune d’Ibanda. Lancés en juillet 2024 et exécutés par l’Office des Voiries et Drainage, les travaux comprenaient l’assainissement, la pose de conduites et de buses, ainsi que les couches de fondation et de bitumage. Malgré des lenteurs, les avancées étaient visibles fin 2024, jusqu’au niveau de l’Athénée d’Ibanda, et nourrissaient l’espoir d’en finir avec les boues récurrentes. Dans la commune d’Ibanda, notamment dans le quartier Nguba, plusieurs axes secondaires faisaient l’objet de pavage, souvent en pierres volcaniques, dans le cadre de projets financés par la Banque Africaine de Développement et mis en œuvre par des entreprises comme SINOHYDRO. L’objectif était clair : améliorer la mobilité, réduire les inondations et désenclaver des quartiers densément peuplés.
Ces chantiers urbains s’inscrivaient dans un effort plus large de modernisation des infrastructures. À l’échelle provinciale, la réhabilitation de la RN2 sur l’axe Bukavu–Goma et de la RN5 vers Uvira et Kamanyola avançait avec des travaux de bitumage, de stabilisation des talus et de construction de ponts. Ces routes étaient appelées à jouer un rôle central dans le commerce régional, l’écoulement des produits agricoles et l’intégration économique du Sud-Kivu avec le reste du pays.
Cette dynamique a volé en éclats à partir de janvier 2025. L’arrivée de l’AFC/M23/RDF a entraîné l’arrêt brutal des chantiers, le pillage d’équipements et le blocage de plusieurs axes stratégiques. Des tronçons de routes sont devenus impraticables, parfois minés, coupant Bukavu de ses hinterlands économiques.
« Ce n’est pas seulement la guerre, c’est notre progrès qu’on nous a volé », témoigne Jean, habitant d’Ibanda, dont l’avenue Saïo devait être bitumée. À Nguba, Fatima décrit des rues redevenues impraticables, marquées par des taxes illégales et un climat d’insécurité qui étouffe toute activité.
Aujourd’hui, plus de 400 kilomètres de routes provinciales sont affectés. La reprise des travaux reste suspendue à un retour de la sécurité et à des garanties pour la protection des infrastructures civiles. Avant l’occupation, le Sud-Kivu avançait, lentement mais sûrement. Les routes se construisaient, les quartiers respiraient, l’économie locale reprenait. L’arrivée de l’AFC/M23/RDF n’a pas seulement interrompu des chantiers : elle a figé une trajectoire de développement déjà engagée, laissant toute une province dans l’attente d’un avenir remis à plus tard.
Jean claude Kihama

