Depuis le passage des affrontements entre les FARDC-Wazalendo et la coalition M23/RDF, les hauts plateaux de la chefferie de Kaziba sont devenus un véritable champ de mines. Entre deuils à répétition et paralysie économique, la population lance un cri de détresse face à une menace invisible qui loge sous les sols de la chaîne de Mitumba.

Le silence qui pèse sur les collines de Nabumbu et de Kabembe est trompeur. Sous la verdure de ces paysages du territoire de Walungu se cache un ennemi silencieux qui ne s’affiche pas.
La semaine dernière, le bilan humain s’est encore alourdi. Quatre personnes, dont deux femmes et deux enfants, ont perdu la vie après avoir simplement marché sur un engin meurtrier. Un drame de plus qui expose le calvaire des habitants de la chefferie de Kaziba.

Depuis l’occupation des rebelles du M23/RDF de cette zone stratégique, la topographie de Kaziba a changé de nature. Pour freiner la progression des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les Wazalendo, selon plusieurs témoignages, les lignes de front ont été truffées de mines antipersonnel et de grenades dont les auteurs seraient les rebelles du M23 qui tentent de piéger les FARDC et alliés.

Aujourd’hui, une dizaine de localités sont répertoriées comme « zones rouges » par la croix rouge et la société civile locale. De Nabumbu sur la chaîne de Mitumba à Chihumba, en passant par Ngando, Butuzi, Kashozi, Chiburhi, Bulumbwa ou encore Ntagereka, le danger est partout. Selon des sources médicales et des acteurs de la société civile, le bilan est lourd : une centaine de victimes recensée (morts et blessés graves) et une cinquantaine de maisons endommagées par des déflagrations ou des restes de guerre.

Pour la population de Kaziba, essentiellement agricole, ces engins ne sont pas seulement une menace pour la vie, ils sont un arrêt de mort pour l’économie locale pour la survie de la population qui ne dépend que des produits champêtres.
« Nous ne pouvons plus cultiver nos champs. Aujourd’hui, sortir pour chercher du bois ou de l’eau, c’est mettre sa vie en danger. » confie un habitant sous couvert d’anonymat.

La peur de la détonation a créé un cordon d’isolement autour des collines. Les champs, autrefois greniers de notre entité, sont en jachère. La conséquence immédiate est une insécurité alimentaire qui commence à apparaitre dans la chefferie.

« Pour entrer et sortir de Kaziba, il faut réfléchir 10 fois. La plupart de fois l’on préfère rester à la maison car le dehors est devenu dangereux suite à ces engins poser par l’armée rwandaise et le M23 », explique Ntambuka Jordan.

Face à l’urgence, une équipe de la Croix-Rouge a été dépêchée sur les lieux. Sa mission est délicate : localiser les zones à risques, cartographier les engins visibles et surtout, mener une campagne de sensibilisation auprès des communautés. Les messages sont clairs : « Ne pas toucher, ne pas approcher, marquer la zone et alerter. »

Cependant, la sensibilisation a ses limites. Les leaders communautaires et les autorités coutumières de Kaziba demandent une intervention de niveau national.

« Sensibiliser est une bonne chose, mais déminer est une nécessité vitale. Il est important que ces rebelles se retirent de notre entité pour que les services habiletés procèdent au déminage et sauver des vies », martèle un cadre de la société civile de Walungu.

L’implication du Service de lutte antimines des Nations Unies (UNMAS) et des unités spécialisées de l’armée congolaise est désormais réclamée à cor et à cri. Le nettoyage de ces collines est la condition sine qua non pour le retour à une vie normale et pour permettre aux déplacés de regagner leurs foyers en toute sécurité mais Kaziba et ses collines restent toujours sous le contrôle de la coalition rebelle.

En attendant une opération de déminage d’envergure, les habitants de Kaziba continuent de marcher sur des œufs, priant pour que le prochain pas ne soit pas le dernier.

Grace Bilolo

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