Longtemps présenté comme un bloc militaire discipliné et structuré, le mouvement rebelle AFC/M23 donne aujourd’hui l’image d’une coquille instable, fracturée et traversée par de profondes tensions internes. Des conflits ouverts entre cadres, des rivalités entre administration civile et militaire, des accusations de favoritisme ethnique et des morts suspectes de hauts responsables révèlent un malaise généralisé à tous les niveaux de la rébellion, fortement dépendante de soutiens extérieurs.

Face au rejet social de la majorité d’élites aux compétences avérées qui ont soit quitté la zone, soit refusé de rejoindre une rébellion inféodée au Rwanda et auteure de violences et de pillages des ressources naturelles du pays, la direction du M23 est obligée de recruter ses cadres dans les résidus de la société.

À Bukavu, un audio largement relayé sur les réseaux sociaux a exposé au grand jour une querelle violente entre Léon Bahaya, cadre du M23, et Eugène Mubalama, bourgmestre de la commune d’Ibanda sous administration rebelle.

Les deux hommes se reprochent mutuellement le manque de respect, l’abus d’autorité et la légitimité du pouvoir exercé.

A plusieurs reprises le maire rebelle de la ville  de Bukavu, Ladislas Muganza ne cesse de dénoncer via des correspondances à sa hiérarchie, l’incompétence, la me-gestion, les conflits d’intérêt qui caractérisent l’administration rebelles. Pour plusieurs analystes ceci est la conséquence logique du choix des responsables qui n’ont aucun profil et ne répond à aucun critère d’intégrité, d’expérience, et de probité morale.

A Bukavu toujours, plusieurs voix au sein de la rébellion se plaignent de l’omnipotence du Tout Puissant Emery Makenga, chef du Département de renseignement et sécurité ( DSR, l’équivalent de l’ANR).

Ce dernier qui n’est autre que le petit frère biologique de l’auto proclamé Général Sultani Makenga est tristement connu à Bukavu pour ses déboires et graves violations des droits de l’homme, dont des enlèvements, des arrestations arbitraires, tortures et autres disparitions forcées. L’intouchable Emery Makenga n’hésite pas de mettre en taule ses camarades de la rébellion les torturant systématiquement par des coups de fouet administrés matin, midi et soir sous prétexte de moralisation. Ce qui écœure plus d’un, c’est le fait que ces traitements et tortures ne sont administrés qu’aux membres d’autres expression et jamais à ceux d’expression rwandaise.

Emery Makenga, sans profil, ancien barman perdu à Kigali, se trouve être aujourd’hui l’homme qui fait la loi à Bukavu.

Mwami Rajabu contre Imani Nzenze : guerre de pouvoir interne

Ces tensions se prolongent au sommet. Mwami Rajabu, présenté comme une figure influente dans l’appareil rebelle, est entré en confrontation directe avec le colonel autoproclamé Imani Nzenze, autour du contrôle de l’administration civile et militaire.

Dans plusieurs sorties publiques, Mwami Rajabu a dénoncé l’ingérence des militaires dans les affaires civiles, évoqué des fosses communes attribuées à des officiers qu’il qualifie d’« imposteurs », et appelé au retour de l’autorité de l’État. Des déclarations rarissimes dans un mouvement armé, révélatrices d’un malaise profond et d’une perte de cohésion interne.

Le climat de suspicion s’est encore alourdi avec la mort successive de deux hauts cadres du mouvement à Goma, ville pourtant sous contrôle du M23.

Après Magloire Paluku, ancien journaliste devenu conseiller au département de la communication du mouvement, tué par balle dans des circonstances jamais élucidées, c’est Jeannot Mundeke, directeur général du Département des services de renseignement (DSR) de l’AFC/M23, qui est décédé le 26 janvier 2026.

Selon plusieurs sources concordantes, Jeannot Mundeke sortait d’une détention interne de plusieurs semaines, imposée par ses propres alliés au sein de la coalition rebelle. Les motifs de cette incarcération n’ont jamais été officiellement expliqués. Sa mort renforce les soupçons de purges internes, de règlements de comptes et d’une insécurité grandissante même au sommet de la rébellion.

Au-delà des individus, le malaise est aussi structurel et communautaire. Des sources internes évoquent une inégalité sociale et politique marquée entre les combattants et cadres recrutés par Sultani Makenga obéissant aux ordres direct du Rwanda et ceux proches de Corneille Nangaa façade congolaise.

À cela s’ajoutent des tensions persistantes entre Hutus et Tutsis, alimentées par des accusations de favoritisme ethnique dans les nominations, la gestion des ressources et l’accès aux postes stratégiques. Ces fractures internes minent davantage un mouvement déjà fragilisé par ses contradictions.

Pris ensemble, ces éléments dessinent le portrait d’un mouvement divisé, instable et largement dépendant de soutiens extérieurs, notamment rwandais selon plusieurs rapports internationaux. Incapable de proposer une gouvernance crédible, le M23 peine à masquer ses luttes internes, ses rivalités de clans et l’absence d’un projet politique unifié

Dénonciations publiques, conflits entre cadres, morts suspectes, fractures ethniques et luttes de pouvoir : l’AFC/M23 apparaît aujourd’hui comme une rébellion rongée de l’intérieur. Loin de l’image d’une force cohérente, le mouvement révèle ses failles profondes, au risque d’aggraver l’insécurité dans l’Est de la RDC et de perdre le peu de légitimité qu’il prétend encore incarner.

Illunga Miguel

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