Une cérémonie d’hommage organisée jeudi 8 janvier par la rébellion du M23 soutenue par l’armée Rwandaise et l’Alliance Fleuve Congo (AFC-M23) à Goma, capitale du Nord-Kivu, suscite une vive émotion à travers l’Est de la République démocratique du Congo et au-delà des frontières. Plutôt qu’un moment de recueillement, des acteurs de la société civile, des défenseurs des droits humains et des victimes y voient une tentative de manipulation de l’opinion et une insulte aux familles endeuillées.
Pour de nombreux observateurs, il est inconcevable que le M23, accusé de graves exactions contre les civils dans l’Est du pays, s’arroge le droit de célébrer des « victimes » qu’il aurait lui-même contribué à tuer. Dans plusieurs communiqués, des organisations comme Pamoja kwa Amani ou le Collectif des Victimes de l’Agression Rwandaise (CVAR-ONGDH) dénoncent avec force une « parodie d’hommage » et une « moquerie insupportable » envers les familles de ceux qui ont péri dans les violences récentes, notamment à Masisi Centre le 2 janvier 2026. Selon eux, « le bourreau ne peut pas organiser le deuil de ses propres victimes », une affirmation reprise par Placide Nzilamba, secrétaire technique de la Société Civile du Nord-Kivu.
Cette critique repose sur un constat largement documenté : depuis la reprise des hostilités fin 2024 et l’offensive majeure du M23 au début de 2025, des centaines de civils ont été tués, des milliers ont été déplacés de force, et des violations des droits humains ont été signalées dans les zones contrôlées par la rébellion. Les enquêtes d’organisations internationales, dont Amnesty International, évoquent des détentions arbitraires, des exécutions sommaires et des conditions de détention inhumaines sous l’autorité du M23.
La réaction mondiale au conflit dans l’est de la RDC est devenue de plus en plus ferme. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté en février 2025 la résolution 2773, qui condamne l’offensive du M23 avec le soutien des Forces de Défense Rwandaises (RDF), exige la cessation immédiate des hostilités et le retrait du groupe des zones occupées, notamment Goma et Bukavu. Cette résolution réaffirme la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC et appelle à une reprise sans conditions des négociations de paix, tout en exigeant que le Rwanda cesse tout soutien au M23.
Sur le plan des sanctions, l’Union européenne et les États-Unis ont inscrit sur des listes noires plusieurs responsables du M23, des officiers de l’armée rwandaise et des entités économiques liées au conflit, incluant des mesures de gel d’avoirs et d’interdictions de voyage.
Ces sanctions reflètent une condamnation croissante de la communauté internationale, qui considère le M23 comme l’un des principaux acteurs déstabilisateurs de l’est congolais, responsable non seulement d’attaques répétées contre les forces gouvernementales, mais aussi d’un bilan humanitaire catastrophique ayant forcé des millions de civils à fuir leurs foyers.
Pour Paul Nsapu Mukulu, président de la Commission nationale des droits de l’Homme, la cérémonie du M23 ne fait que masquer les atrocités commises par la rébellion et son soutien rwandais : « Cette cérémonie est une fuite en avant qui ne peut pas voiler les crimes commis », a-t-il déclaré, appelant à ce que la justice internationale fasse son travail et que les responsables des violations des droits humains répondent de leurs actes.
De nombreuses organisations locales rappellent que la paix ne se construit pas sur le mensonge et que rien ne remplace la vérité, la justice et la réparation pour les victimes. Ils dénoncent l’usage cynique des hommages pour redorer une image déjà ternie par des années d’exactions, y compris des massacres, des recrutements forcés et des déplacements massifs de populations.
Alors que des résolutions internationales et des sanctions ciblées visent à isoler les responsables des violences, les cérémonies de deuil organisées par la rébellion du M23 apparaissent pour beaucoup comme une offense supplémentaire à ceux qui ont perdu des proches. À Goma et dans tout l’est de la RDC, les voix s’élèvent pour rappeler que les auteurs de violence ne peuvent se présenter simultanément comme victimes et comme acteurs du deuil de leurs propres crimes une réalité que la communauté internationale est désormais de plus en plus appelée à reconnaître et à sanctionner sans équivoque.
Jean-Claude Kihama/ @JKihama93532

