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RDC : des leaders Banyamulenge dénoncent une instrumentalisation politique après des manifestations à l’étranger
JJicholaKivu24 avril 20264 min de lecture0 vues
Au lendemain de manifestations organisées le 20 avril dans plusieurs capitales occidentales, dont Washington, des voix issues de la communauté Banyamulenge s’élèvent pour contester le message porté lo
Au lendemain de manifestations organisées le 20 avril dans plusieurs capitales occidentales, dont Washington, des voix issues de la communauté Banyamulenge s’élèvent pour contester le message porté lors de ces mobilisations. À travers des témoignages recueillis aux États-Unis, en République démocratique du Congo et au Canada par Jicho la Kivu, plusieurs leaders dénoncent ce qu’ils qualifient d’“instrumentalisation politique” dans un contexte régional particulièrement tendu.
Ces manifestations, présentées par leurs organisateurs comme une dénonciation de violences ciblées contre les Banyamulenge, interviennent alors que la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC reste marquée par des affrontements armés, des déplacements massifs de populations et des tensions diplomatiques persistantes.
Depuis les États-Unis, Baudoin Rutayindagira, secrétaire général de l’organisation CIWA, qui représente des Tutsis originaires du Nord-Kivu et du territoire de Kalehe au Sud-Kivu, estime que le contexte dans lequel ces manifestations ont été organisées soulève des interrogations. Selon lui, ces mobilisations coïncident avec une intensification des pressions internationales en faveur d’un cessez-le-feu et d’un retrait des forces étrangères du territoire congolais, notamment sous l’impulsion d’acteurs comme les Nations unies. Il s’interroge notamment sur le choix du moment et sur la nature du discours porté lors de ces rassemblements, qu’il juge en décalage avec certaines réalités du terrain.
Plusieurs intervenants affirment que les revendications exprimées lors de ces mobilisations ne reflètent pas la diversité des opinions au sein de la communauté Banyamulenge. Depuis Lubumbashi, Ganza Daniel Cédric, président de la Mutualité Banyamulenge, rejette l’idée d’un consensus autour des accusations formulées contre les autorités congolaises. Il souligne que des Banyamulenge vivent dans différentes régions de la RDC, notamment à Kinshasa, Kalemie, Uvira ou encore dans le Katanga, où des formes de cohabitation avec d’autres communautés existent. Selon lui, “la communauté Banyamulenge n’est pas un bloc homogène” et une partie importante de ses membres ne se reconnaît pas dans le discours relayé lors des manifestations.
Les témoignages recueillis convergent vers une même préoccupation : celle d’une instrumentalisation politique de la communauté. Selon Ganza Daniel Cédric, certaines initiatives observées à l’étranger s’appuieraient sur des réseaux organisés mobilisant des membres de la diaspora autour d’un message uniforme. Il évoque également des organisations actives à l’international qui auraient, selon lui, déjà été mentionnées dans des rapports d’experts.
Dans la même dynamique, Oscar Niyongabo Buzi, président du Banyamulenge Community Center d’Edmonton au Canada, affirme que ces mobilisations participent d’une stratégie visant à influencer l’opinion internationale. Il appelle la communauté internationale à faire preuve de prudence face aux messages diffusés lors de ces rassemblements et à privilégier une analyse fondée sur des faits documentés.
Plusieurs intervenants font référence à des rapports du groupe d’experts des Nations unies ainsi qu’à des organisations de défense des droits humains comme Human Rights Watch, qui documentent depuis plusieurs années la présence et les activités de groupes armés dans l’Est de la RDC. Ils estiment que ces éléments doivent être pris en compte pour comprendre la complexité du conflit.
Au-delà de la question communautaire, les personnes interrogées insistent sur la nécessité de replacer la crise dans une perspective plus large. Elles évoquent des enjeux économiques, sécuritaires et géopolitiques, estimant que réduire le conflit à une lecture exclusivement ethnique serait insuffisant pour en saisir les dynamiques profondes. Selon Baudoin Rutayindagira, cette approche simplifiée risque d’occulter d’autres facteurs déterminants dans la persistance du conflit.
Les témoignages évoquent également la situation dans les hauts plateaux de Minembwe, décrite comme particulièrement préoccupante. Ganza Daniel Cédric fait état de violences attribuées à différents groupes armés et de populations civiles prises au piège dans des zones de conflit. Il appelle les autorités congolaises à renforcer la protection des civils et à rétablir l’autorité de l’État dans ces territoires.
Face à la complexité de la situation, plusieurs recommandations sont formulées par ces leaders communautaires. Baudoin Rutayindagira plaide pour le respect des engagements internationaux, notamment en matière de cessez-le-feu et de retrait des forces étrangères, ainsi que pour le désarmement des groupes armés. Oscar Niyongabo Buzi, pour sa part, appelle à la mise en place d’une enquête internationale indépendante afin de clarifier les responsabilités dans les violences commises et à renforcer les mécanismes de justice pour toutes les victimes, sans distinction.
À travers leurs interventions, Baudoin Rutayindagira, Ganza Daniel Cédric et Oscar Niyongabo Buzi entendent rappeler que la crise dans l’Est de la RDC ne peut être réduite à un seul narratif et qu’une compréhension plus nuancée reste essentielle pour envisager des solutions durables.
Grâce Bilolo
J
À propos de l'auteur
JicholaKivu
Journaliste à Jicho la Kivu
