Depuis son siège aux États-Unis, Mahoro Peace Association (MPA) se présente comme une organisation humanitaire dédiée à la paix et à l’aide aux victimes de conflit en République démocratique du Congo. Pourtant, une enquête approfondie, recoupant des rapports d’experts de l’ONU, des sources de renseignements occidentaux et des témoignages de terrain, dresse un portrait bien plus sombre : celui d’une vitrine américaine servant à financer des groupes armés, à blanchir l’image d’anciens cadres rebelles et à servir les intérêts géopolitiques de Kigali dans la balkanisation de l’Est de la RDC.

L’association, forte de plus de 7 000 membres revendiqués à travers 45 États américains, a toujours nié ces accusations, affirmant n’œuvrer que pour la communauté Banyamulenge, une ethnique tutsi congolaise. Mais derrière le paravent caritatif se cachent des hommes de l’ombre, dont les CV militaires et les liens avec le pouvoir rwandais jettent une lumière crue sur les flux financiers qui alimentent l’insécurité dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.

Les profils des fondateurs et animateurs de la MPA, recoupés avec les données des services de renseignement américains (FBI) rapportés par Africa Intelligence, révèle une structure bien éloignée d’une simple ONG de la diaspora. Ces hommes ne sont pas de simples philanthropes ; ce sont pour la plupart des vétérans des guerres de déstabilisation de la région des Grands Lacs.

Azarias Ruberwa, cité comme la véritable « éminence grise » de l’organisation, incarne cette continuité. Ancien vice-président de la RDC et secrétaire général historique du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), la rébellion née de l’invasion rwandaise de 1998, il n’occupe officiellement aucun poste à la MPA. Pourtant, selon nos informations, il “chapeaute de main de maître” l’organisation depuis l’ombre. Son objectif à long terme, partagé avec ses parrains de Kigali, est d’attendre le moment propice pour proclamer la “balkanisation” de la RDC, dont il se proclamera comme président de la république du Kivu.

Parmi ces hommes, David Munyamahoro Banoge est l’une des figures les plus troubles. Bras droit présumé de Ruberwa et de Paul Kagame, il est un survivant du massacre de Gatumba (2004). Avant d’être trésorier de la MPA entre 2020 et 2022, il était officier de renseignement pour le RCD à Uvira. Des témoins l’accusent d’avoir joué “un rôle capital dans l’exécution et massacre des réfugiés Hutus” à cette époque. Aujourd’hui, son rôle opérationnel a changé : il fait des navettes sur la route de Rubaya, épicentre du pillage des minerais dans le Nord-Kivu, pour convoyer ces ressources vers le Rwanda. Des sources le décrivent également comme un “agent-cadre” formé par la Rwanda Defence Force (RDF) pour appuyer la rébellion du M23.

John Nyabashoshi Mukiza, ancien Major du RCD, est un autre rouage essentiel. Basé au Texas, il n’a pas déposé les armes ; il a simplement changé de champ de bataille. Selon les informations obtenues, sa mission est désormais d’assurer les différents lobbys auprès de décideurs américains, tissant un réseau d’influence pour légitimer la cause de ses commanditaires à Washington, pendant que ses pairs combattent sur le terrain. Selon notre source, il était aussi agent dans une organisation sous régionale(CEPGL) où il perçoit encore son salaire tout en étant aux Etats-Unis.

La nouvelle génération n’est pas en reste. Dr Freddy Kaniki, enseignant-chercheur en pharmacie installé en Alaska, a longtemps nié toute fonction exécutive au sein de la MPA, attribuant les accusations à des “dissensions communautaires”.  Pourtant, son rôle a récemment été mis au jour de manière éclatante. Neveu « d’Azarias Ruberwa », il a été désigné pour incarner la branche politique de la lutte armée. En juin 2025, il indique lui-même être le commissaire politique Twirwaneho, alors qu’il a été nommé Président du mouvement Twirwaneho, un groupe armé actif dans les hauts plateaux du Sud-Kivu et allié à la coalition AFC/M23.

Sa nomination officialise ce que les enquêteurs soupçonnaient : Kaniki est “le suppléant de Ruberwa mis de l’avant”, l’incarnation de la stratégie visant à donner une façade politique, voire intellectuelle, à la rébellion. Il est le trait d’union parfait entre la diaspora américaine, les champs de bataille congolais et les ambitions de Kigali.

De son côté, Alexis Nkurunziza, ex-officier du renseignement du FPR rwandais, apporte son expertise militaire à la cause. Membre du comité exécutif de la MPA, il est accusé d’être l’organisateur et le fournisseur d’équipement militaire pour les milices Twirwaneho, contribuant à asseoir leur état-major dans la localité de Bijombo, en territoire congolais. Il est pointé du doigt comme un citoyen belge avec la gâchette en RDC pour assumer la formation de ses Poulin et encadrer la logistique dans le haut plateau.

Enfin, Douglas Kabunda, l’actuel président de la MPA, présente un profil différent. Ce “jeune ambitieux” basé aux États-Unis se veut une figure influente. Mais pour nos sources, il est un agent en formation, chargé d’assurer la “liaison” entre Kigali et la diaspora, faisant le va-et-vient pour exécuter les directives de ses aînés sans en avoir encore le lourd passé. Son rôle récent, cosignant avec Isôko USA une lettre au maire de New York pour dénoncer la “persécution” des Banyamulenge, montre parfaitement cette nouvelle mission de lobbying et de contre-communication.

Mais au-delà des hommes, ce sont les flux financiers qui intéressent la justice. Les enquêtes du Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC, citées par plusieurs médias, ont mis en lumière le rôle central de la diaspora, et donc de la MPA, dans le financement des Twirwaneho.

Si la MPA affirme n’avoir dépensé que 384 286 dollars pour l’humanitaire en 2022, les experts de l’ONU estiment que plus d’un million de dollars ont transité vers la région depuis 2020 via ses réseaux. Un système bien rodé : des responsables de la MPA, aux États-Unis, ont été vus lors de cérémonies communautaires exhortant leurs membres à augmenter leurs cotisations mensuelles (de 20 dollars) pour soutenir les combattants, ceux qui partent au combat pieds nus et affamés.

Ces fonds, couplés à un “impôt local” prélevé illégalement par les Twirwaneho dans les zones qu’ils contrôlent (10 dollars par commerçant ou motocycliste, 10 000 francs congolais par enseignant), ont permis au groupe armé de mener des opérations de meurtre, pillage, attaques contre des civils, en violation totale du régime de sanctions onusien .

Loin des salons new-yorkais et des campus américains, cette mécanique bien huilée a des conséquences tragiques sur le terrain. Les civils, toutes communautés confondues, en sont les premières victimes. La pression de l’armée rwandaise et de ses supplétifs via le M23 et les Twirwaneho a déjà provoqué des déplacements massifs. Mais au sein même de la communauté Banyamulenge, la contestation gronde Mahoro Peace à la base d’une division au sein de la communauté Banyamulenge étant une organisation rwandaise, les vrais Banyamulenge Congolais n’apprécie pas la pagaille causée par cette organisation.

Le récent cri d’alarme de Patrick Bagabo, un citoyen américain d’origine congolaise, dont la famille est prise pour cible à Bukavu, est révélateur. Il accuse nommément Freddy Kaniki, chef des Twirwaneho, et Adèle Kibasumba, Secrétaire Générale du mouvement, d’être derrière l’encerclement de la propriété familiale par des hommes armés en décembre 2025, pour contraindre sa mère à quitter les lieux.

Selon lui, cette intimidation fait suite à une campagne de diffamation orchestrée par la Mahoro Peace Association à son encontre, parce qu’il refuse de collaborer avec les groupes armés. La terreur systématique dénoncée par Bagabo montre que la MPA et ses ramifications ne se contentent pas de financer la guerre ; elles s’attaquent aussi à toute voix discordante au sein de leur propre communauté, bâillonnant ainsi toute opposition à leur projet hégémonique.

Face à ces accusations accablantes, la Mahoro Peace Association persiste à se présenter comme une victime, dénonçant un génocide faux génocide qui n’a jamais existé contre les Banyamulenge et appelant l’ONU à enquêter sur les exactions de l’armée congolaise et burundaise. Ce double discours humanitaire à l’international, soutien logistique et militaire à la rébellion est au cœur de la stratégie de déstabilisation qui déchire l’Est de la RDC.

Alors que les enquêtes du FBI et des Nations Unies s’accumulent, la question n’est plus de savoir si la MPA finance la guerre, mais jusqu’où ses ramifications et ses parrains, au sein du cercle présidentiel rwandais, sont prêts à aller pour réaliser leur projet de “balkanisation”. Les chaînes de financement découvertes, reliant un comté du Texas aux hauts plateaux de Minembwe, en passant par Kigali, forment un réseau toxique que Kinshasa et ses alliés tentent, peut-être trop tardivement, de démanteler.

Note de la rédaction : Cet article a été rédigé sur la base de recoupements d’informations de terrain, de rapports d’experts et d’analyses de données des sources ouvertes.

Ilunga Miguel

Share.
Leave A Reply

Prove your humanity: 3   +   4   =