Alors que le Président rwandais Paul Kagame affirmait le 5 février dernier, lors du dialogue national « Umushyikirano », que son pays ne tirait aucun profit des richesses congolaises, la réalité sur les rives du lac Kivu raconte une tout autre histoire. À Lomera, groupement de Luhihi, territoire de Kabare en province du sud Kivu à l’Est de la RDC, un ballet nocturne d’embarcations motorisées sous escorte militaire rwandaise vide systématiquement le sous-sol congolais, laissant derrière lui famine, violence et dépossession.
Lomera, autrefois un site minier porteur d’espoir pour les communautés locales, est devenu le théâtre d’un crime économique à huis clos. Selon des témoignages sur le lieu, chaque soir plus de 50 « boats » (pirogues motorisées) accoste pour charger des tonnes de sables minéralisés et les amener au Rwanda voisin sous le regard impuissant de la population locale.
Ce site a été fermé sur ordre des rebelles du M23/RDF justifiant cette décision par des contraintes sécuritaires mais la réalité sur terrain est tout autre. « C’est une trahison », s’insurge un notable local sous couvert d’anonymat. « On nous interdit de travailler au nom de la loi rebelle, mais on laisse des militaires étrangers superviser le vol de notre sable chaque nuit. »
« Aucun autochtone n’est admis sur le site, l’exploitation est strictement réservée à des réseaux opaques, nos enfants poussés par la faim, tentent parfois de ramasser les résidus de sable tombés au bord de l’eau, ils sont malheureusement parfois fusiller par des militaires rwandais qui sécurise le site » déclare un autre habitant sous anonymat.
Le 5 février à Kigali, Paul Kagame avait déclaré: « Si c’était le cas, le Rwanda serait déjà extrêmement riche », a-t-il déclaré.
Pourtant, les faits sont têtus. Les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies (notamment le rapport S/2024/432) documentent précisément comment le Rwanda sert de plaque tournante au blanchiment des minerais de l’Est de la RDC. À Lomera, comme à Rubaya et Twangiza, la stratégie est identique : la conquête militaire des zones riches en minerais, l’éviction des exploitants artisanaux locaux et des coopératives congolaises, la mise en place de corridors sécurisés par la RDF pour l’évacuation des produits vers le Rwanda.
L’impact social est dévastateur. Privés de leur unique source de revenus et de l’accès à leurs terres, les habitants de Lomera et des localités environnantes sont frappés par une famine aiguë. Les marchés locaux sont vides, et l’économie circulaire qui gravitait autour du site minier s’est effondrée.
Pendant que les embarcations nocturnes s’enfoncent dans l’obscurité vers les côtes rwandaises, chargées des richesses du Congo, Lomera s’enfonce dans la misère. La guerre d’agression menée par le M23 et ses alliés montre ici son véritable visage : celui d’une prédation économique systématique déguisée en revendications politiques.
Ilunga Miguel

