Depuis un an, la ville de Goma est sous le contrôle du M23, une rébellion soutenue par le Rwanda. Derrière les discours officiels, des civils racontent un autre visage de l’occupation.
Emmanuel, pasteur d’une église chrétienne dit avoir passé dix jours dans trois prisons différentes contrôlées par les rebelles du M23. Il livre un témoignage brut.

« Le morceau de viande n’a jamais atteint ma bouche »
« Nous étions au salon en train de manger avec les enfants. 8 militaires armés ont fait irruption. Une seule question m’a été posée, elle a scellé mon sort : “Tu es le père de ces enfants ?” J’ai répondu oui. C’est tout. »
Il marque un silence.

« Le morceau de viande que j’avais en main n’a jamais atteint ma bouche. Ils ont directement ligoté mes mains. Mes téléphones et pièces d’identités directement confisquées »
12 autres hommes entrent. Ma maison n’a que deux chambres, elle a été fouillée, les objets jetés dehors. Rien de compromettant n’a été trouvé.
« Le gradé m’a demandé si j’avais des effets militaires. J’ai dit non. Il m’a demandé si j’avais des relations avec Kinshasa. J’ai dit non. »

Dehors, la parcelle est quadrillée. Puis l’ordre tombe.
« Quatre militaires m’ont soulevé et jeté comme un colis dans la jeep. Ma tête était coincée dans leurs bottes militaires… puantes. Je respirais cette odeur pendant tout le trajet. Nous avons roulé plus de six heures. »
Kituku : « Nous avons dormi sur les morts »

Arrivée vers 2h du matin à Kituku.
« Si l’enfer existe, il ressemble à ce que j’ai vu cette nuit-là. »
Dans la concession bien connue de l’homme d’affaires Vanny Bishweka, six conteneurs servent de prisons. Emmanuel est jeté dans l’un d’eux.
« J’étais le 52e à l’intérieur. Pas de fenêtre, difficile de respirer à l’intérieur. Une odeur insupportable. Deux hommes à côté de moi avaient le corps gonflé, ils avaient été sévèrement battus selon les autres prisonniers. Ils sont morts dans la nuit. Après s’être battus contre la mort, jetant les pieds et les bras bouche  grandement ouverte »
« Faute d’espace, Nous avons dormi sur leurs corps », explique Emmanuel larmes aux yeux.
« Les cadavres seront ensuite emportés la nuit suivante dans une pirogue en bois vers le lac Kivu, affirme-t-il.
« Ils m’ont frappé sur les parties intimes, en les ligotant avec des files attachés sur une batterie de voiture »
Le lendemain, il est appelé avec un autre détenu.
« Six militaires m’ont battu. Chacun utilisait ce qu’il voulait. Je me souviens qu’on m’a frappé avec un objet métallique sur les parties intimes. J’ai perdu connaissance. »
Il dit avoir craché du sang, incapable de lever la main pour manger.
« La nourriture était là haricots et riz, j’avais tellement faim mais mes mains ne pouvaient pas atteindre ma bouche. Elles ont été sérieusement tabassées »
À Kituku, selon lui, « on mange deux fois par jour et on est fouetté deux fois par jour ».
Après trois jours dans ces conditions, il est transféré à la prison de la 8e région militaire, sans qu’aucune accusation ne lui soit notifiée.
Deuxième prison : « Au moins, il y avait de l’air »
À la 8e région militaire, non loin du rond-point Cercle Sportif, les conteneurs ont des fenêtres, mais les fouets continuent.
« J’ai respiré pendant trois jours. Mais on battait toujours les gens. »

Puis nouveau transfert vers Mont Goma.
Mont Goma : « J’ai vu six personnes mourir en cinq jours »
Dans ce troisième site, six prisons fonctionnent en conteneurs.
« J’ai été battu par des détenus, puis par des militaires. En cinq jours, six personnes sont mortes. Certains après les coups. D’autres avec des plaies infectées. »

Le cinquième jour, le gouverneur rebelle Bahati Erasto arrive pour désengorger les cellules, raconte Emmanuel.
Les détenus sont classés en quatre catégories : innocents, petits conflits, dettes, criminels à transférer.
« J’ai été mis parmi les innocents. Sur environ 150 détenus, nous étions 13 à ne pas être battus. »
Puis il décrit une scène qu’il dit ne jamais pouvoir oublier :
« Les autres ont été battus devant le gouverneur. Au moins 45 militaires frappaient. J’ai vu des gens perdre les yeux. D’autres avaient les oreilles coupées. Certains étaient défigurés. »
Certains libérés ont choisi d’aller d’abord à l’hôpital, dit-il, « pour ne pas effrayer leurs enfants ».
« Je n’ai jamais su pourquoi j’étais arrêté »
Au total, Emmanuel affirme avoir passé dix jours entre Kituku, la 8e région et Mont Goma.
« Je n’ai jamais su l’infraction. On ne m’a jamais expliqué. »

Une semaine après sa libération, il quitte Goma, transitant par le Rwanda avant de rejoindre Beni.
Son récit s’ajoute aux accusations d’arrestations arbitraires, de détentions extrajudiciaires et de sévices dans les zones sous contrôle du M23.
Dans une ville occupée depuis un an, Emmanuel résume ainsi son expérience :
« Ce n’était pas une prison. C’était un endroit où l’on attendait de mourir. »
La population s’interroge si les ONG internationales de Droit de l’homme, Amnesty, human right watch…, et la MONUSCO ne sont-elles pas au courant des atrocités et des violations flagrantes de droits de l’homme ? Alors pourquoi ce silence ? Sont-elles complices ?
Leurs réactions face à ces atrocités sont attendues par l’opinion‼
Avec ReelActu

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